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Einführung

Anne-Claude Berthoud
La présente publication vise à présenter l’essentiel des conférences qui se sont tenues dans le cadre du Colloque «Les enjeux du plurilinguisme pour la construction et la circulation des savoirs», les 12 et 13 novembre 2009, au Centre Paul Klee, à Berne. Ce colloque avait pour objectif de conduire une réflexion sur les enjeux du plurilinguisme pour le monde de la recherche et de la formation supérieure, partant de l’hypothèse que le plurilinguisme constitue un atout majeur et non un obstacle pour une société européenne fondée sur la connaissance, un atout dont il s’agit de mieux saisir la portée et les conditions au travers d’arguments scientifiques.


Cette manifestation s’inscrit en continuité avec le colloque «Langue et production du savoir» organisé par l’ASSH à l’Université du Tessin, en juin 2002, ainsi que dans le prolongement du Cycle de conférences UNICA organisé à l’Université de Lausanne au printemps 2008, sur le thème «Les enjeux du plurilinguisme pour l’université» et du colloque de la Délégation à la Langue Française qui a eu lieu les 17 et 18 mars 2009 à l’Université de Genève, sur le thème «Le français dans l’enseignement universitaire et la recherche».

Si l’on admet aujourd’hui l’importance du plurilinguisme pour la construction de l’identité européenne, la cohésion sociale et plus récemment le développement économique, il reste un dernier «bastion» qui échappe encore largement à un tel questionnement, celui de la construction, de la transmission et de la mise en œuvre des savoirs, et en particulier des savoirs scientifiques et académiques. La production et la communication scientifiques se fondent aujourd’hui sur un monolinguisme grandissant, le recours à une langue unique – lingua franca – étant conçu comme condition même de possibilité d’une science qui se veut universelle. Une conception fondée cependant sur la transparence du langage et des langues, considérés comme de simples véhicules au service des idées et des découvertes.


Le colloque contribue certes à montrer les apports d’une telle conception, mais aussi et surtout à en considérer les limites et les risques pour le développement et la qualité des objets de connaissance, soient-ils des objets de sciences humaines et sociales ou des objets de sciences de la nature, au risque de conduire à une monoculture de la science et à une pensée unique.


Dès qu’un savoir devient un «faire savoir», il devient un objet de discours, il entre dans le champ de la communication, et il convient dès lors d’examiner la façon dont le langage et les langues touchent ces objets de savoir, de s’interroger sur la façon dont les locuteurs les construisent et les co-construisent dans l’interaction verbale.
Il s’agit de montrer en quoi la confrontation de différents modes de conceptualisation et d’interaction contribuent à la construction et au transfert des connaissances (impact cognitif) et interviennent dans le contrôle de l’interaction, la résolution de problèmes et la prise de décision (impact stratégique), et de saisir en quoi le recours à un répertoire plurilingue permet de rendre plus explicites les processus de traitement des savoirs.


Des exemples d’enseignement plurilingue à l’université et dans des hautes écoles spécialisées, ainsi que des exemples d’interactions plurilingues en situation de recherche, permettent d’éclairer l’impact cognitif et stratégique du plurilinguisme, et dès lors la plus-value qu’il représente pour le monde académique et le monde de la recherche, aussi bien en termes de richesse conceptuelle que de diversité dans les modes interactionnels.


Par ailleurs, des initiatives originales montrent la possibilité de développer une conception plurilingue des publications scientifiques, devant s’inscrire dans le cadre plus large de nouvelles politiques susceptibles d’intégrer la diversité dans le développement de la recherche, le dépôt de requêtes ou l’expertise. On s’interroge notamment sur la possibilité de concilier exigences de standardisation et exigences de qualité, issues de la confrontation des langues et des modes discursifs dans la production des discours scientifiques.
Il s’agit en bref de présenter les hypothèses actuelles sur les enjeux scientifiques et académiques du plurilinguisme, ainsi que leur mise en débat auprès d’un large éventail de représentants des institutions de recherche et de l’enseignement supérieur, tant au niveau national qu’au niveau international.

Les réflexions s’organisent autour de trois thématiques:

 

  1. Le plurilinguisme dans la recherche et les publications scientifiques.
  2. L’enseignement plurilingue dans la formation supérieure.
  3. Vers une politique plurilingue pour l’enseignement supérieur et les institutions de recherche.


Et elles portent sur les questions-cadre suivantes:

  • Si l’on admet aujourd’hui l’importance du plurilinguisme pour la culture, la société et l’économie, en quoi joue-t-il également un rôle pour la connaissance et pour la science?
  • Le plurilinguisme se justifie-t-il davantage dans les sciences humaines et sociales que dans les sciences de la nature et de l’ingénieur?
  • Comment le plurilinguisme intervient-il dans les processus de construction, de transmission et de mise en œuvre des connaissances?
  • Quels sont les enjeux d’une «science polyglotte»?
  • Comment concilier profondeur conceptuelle et communication universelle?
  • Quelle place envisager pour les autres langues dans la construction et la transmission des savoirs de demain?
  • Comment les institutions de recherche peuvent-elles répondre au défi d’une «science polyglotte»?
  • Comment envisager une conception plurilingue des publications scientifiques?
  • Comment les universités et hautes écoles peuvent-elles répondre au défi d’une formation plurilingue? Et comment la valoriser?
  • Quelles devraient être des politiques linguistiques réalistes et respectueuses de la diversité linguistique?
  • Quel rôle spécifique peuvent jouer les académies dans le développement d’une «science polyglotte»?
  • Quelles sont les pratiques plurilingues observables dans les universités et hautes écoles, les laboratoires, les académies et les institutions, qui pourraient/devraient servir de modèles pour la communication plurilingue?
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